Il y a trois ans, le CETEF (Centre Togolais des Expositions et Foires) ressemblait à un géant endormi. Ancien entrepôt, site militaire, puis centre de prise en charge Covid-19, il avait perdu son lustre, sa vocation, et surtout sa place dans l’imaginaire collectif. Aujourd’hui, ce même lieu vibre au rythme de la jeunesse, de la culture, du commerce et de l’innovation. À l’origine de cette métamorphose, Dr Alexandre de Souza, Directeur Général du CETEF depuis 2022.
À peine un mois après la clôture de la 20ᵉ Foire Internationale de Lomé (FIL), célébrant les 40 ans de cet événement emblématique, Togo Breaking News a rencontré celui que certains qualifient déjà de « magicien de l’événementiel ». Une interview franche, sans langue de bois, qui revient sur une année 2025 marquée par les épreuves… mais aussi par un succès retentissant.
Une année de feu, mais debout
2025 aura été éprouvante. Un incendie le 29 avril dans le pavillon Oti, des intempéries violentes le 8 décembre, une panne électrique majeure le 12 décembre en pleine FIL… Pourtant, pas une seule journée de fermeture, pas un seul report d’événement majeur.
« Ce fut une année de vérité », confie Dr de Souza. « Elle a mis à l’épreuve non seulement nos infrastructures, mais surtout notre capacité à réagir sans panique. Le CETEF est resté debout. C’est l’essentiel. »
Malgré ces incidents, la 20ᵉ FIL a attiré 813 000 visiteurs, contre à peine 300 000 en 2022. Un bond spectaculaire, qui témoigne d’une transformation bien plus profonde qu’un simple lifting.
La foule record a obligé le CETEF à durcir ses mesures de sécurité. Fouilles systématiques, saisies dans les sacs, fermeture anticipée des guichets lors des pics de fréquentation… Des décisions impopulaires, mais assumées.
« Je préfère être critiqué pour un excès de prudence que pour un défaut de sécurité », martèle le DG. « Quand on atteint la capacité maximale du site, vendre davantage de billets devient irresponsable. La vie humaine prime sur la recette. »
Un discours rigoureux, voire autoritaire — une image que Dr de Souza assume, sans arrogance :
« Je ne suis pas dur, je suis exigeant. Parce que la mission est exigeante. Et ceux qui s’engagent avancent avec moi. »
Des victoires à la hauteur de l’ambition
Si 2025 a été éprouvante, elle a aussi été historique. Présence remarquée du Togo à l’Exposition Universelle d’Osaka, orchestre philharmonique lors de la « Nuit de la Foire », programmation culturelle permanente… Le CETEF n’est plus seulement un lieu de commerce, mais un pôle culturel et diplomatique.
« Il n’y a aucune magie, juste du travail, de la rigueur et une vision claire », insiste-t-il. « Faire du CETEF un outil stratégique, et non un simple espace de location. »
Cette vision commence à porter ses fruits. Les exposants reviennent, les familles affluent, les partenaires internationaux s’intéressent de près à ce « nouveau Togo » qui se dessine à Lomé.
Pourtant, une ombre plane sur ce tableau presque parfait, l’absence des plus hautes autorités à l’ouverture officielle de la 20ᵉ FIL, le 28 novembre 2025. Ni le Président du Conseil, ni celui de l’Assemblée nationale, ni du Sénat. Une absence notée, mais pas dramatisée.
« Nous aurions aimé leur présence, mais nous avions leur soutien. Mes équipes se sont préparées comme si elles allaient venir. Et nous avons organisé une cérémonie à la hauteur des 40 ans de la FIL. »
Un message subtil, mais clair : le CETEF ne dépend plus uniquement des caprices du calendrier politique.
Le million de visiteurs : prochain défi pour Alexandre de Souza ?
Avec 813 000 visiteurs, le CETEF flirt avec le seuil symbolique du million. Mais Dr de Souza refuse de faire de ce chiffre une obsession.
« Le million sera atteint quand les conditions sécuritaires et infrastructurelles le permettront. Notre priorité, c’est la qualité du visitorat, pas seulement la quantité. »
Car derrière le succès, les limites du site apparaissent. Le CETEF fonctionne, certes, mais il est urgent de le moderniser. « Nous sommes ouverts aux partenariats », lance-t-il, appel implicite aux investisseurs publics et privés.
Au terme de trois années à la tête de l’institution, Dr de Souza tire un bilan contrasté mais globalement positif. Un CETEF redressé, crédible, attractif ; Une visibilité internationale renforcée (notamment via Osaka). Mais une fragilité persistante sur le plan infrastructurel. « Nous avons changé l’image. Maintenant, il faut consolider le socle. ».
Et si on lui demandait de tout recommencer ? Il répond sans hésiter : « Oui, je referais les mêmes choix. Avec peut-être quelques ajustements. Mais aucun regret. Un dirigeant qui prétend n’avoir jamais commis d’erreur… ne dit pas la vérité. »
Sous la direction d’Alexandre de Souza, le CETEF est devenu bien plus qu’un centre d’expositions. C’est un miroir du Togo en mouvement : audacieux, résilient, tourné vers l’avenir. Un lieu où se croisent entrepreneurs, artistes, diplomates et citoyens ordinaires. Un espace où l’on ose rêver grand, même quand le ciel tombe.
En 2026, les travaux de rénovation devraient commencer. Si tout va comme prévu, la 21ᵉ FIL pourrait bien marquer l’entrée du Togo dans une nouvelle ère où les institutions publiques ne sont plus des poids, mais des leviers. Et si le CETEF continue sur cette lancée, Lomé pourrait bien redevenir la capitale africaine des foires et des idées.
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