« Le Togo n'a jamais été une colonie française » : un historien bouscule les idées reçues



Il y a des vérités historiques qui méritent d’être dites à voix haute, le jour même où un pays célèbre son indépendance. 

Lundi, sur la chaîne nationale togolaise, Folly Ékoué Gada, historien et politologue, enseignant-chercheur dans les universités publiques, en a rappelé une, fondamentale : « Le Togo n’a jamais été une colonie française. Le Togo a été uniquement la colonie du Second Reich allemand. »

Simple. Clair. Et pourtant si souvent ignoré.

Ce qui préoccupe le chercheur, c’est moins l’ignorance du grand public que la persistance de cette confusion au sein même de l’université. « Dans les mémoires de nos étudiants, ils écrivent « régime colonial français » et au même moment ils disent « mandat ». Un mandat ne peut pas être une colonie, il y a une contradiction de fond », déplore-t-il avec une pointe d’amertume.

Un paradoxe qui interroge sur la qualité de l’enseignement de l’histoire nationale dans les établissements togolais.

Retour aux faits

La chronologie, rappelle M. Gada, est sans ambiguïté. Le Togo en tant qu’entité territoriale constituée naît entre 1898 et 1899, à l’issue des accords de frontière négociés entre Français du Dahomey et Anglais de la Gold Coast, sous administration entièrement allemande. Avant cela, Gustav Nachtigal n’avait signé en 1884-1885 que des traités de protectorat sur les royaumes côtiers. « Ce n’était pas le Togo. Le Togo n’existait pas encore », précise l’historien.

Après la défaite de l’Allemagne lors de la Première Guerre mondiale, le Traité de Versailles de 1919 transfère le territoire à l’Alliance des vainqueurs — mais sans en faire une colonie française pour autant. La France y devient simple puissance mandataire, tenue de rendre des comptes annuels à la Société des Nations quant à sa gestion du territoire.

« La France était juste un administrateur. Un mandat ne confère pas la souveraineté coloniale », martèle le Dr Gada.

À 66 ans d’indépendance, cette mise au point n’est pas anodine. Elle touche à l’identité, à la mémoire collective et à la rigueur avec laquelle un peuple raconte sa propre histoire. Car comment construire un avenir solide sur des fondations historiques mal posées ?